De Suape (Pernambuco, Brésil) à Degrad des Cannes (Guyane française) 1500 miles, 13 jours de
mer.
Quelle fabuleuse expérience ! Insolite, inconnue, initiatique?
Les quatre premiers jours furent un véritable cauchemar : départ le matin à 7h30 heure universelle, je vomis toutes les 10 minutes toute la journée et toute la nuit. Malaise terrible, assise,
debout et même allongée…Pas d’appétit bien sûr, ça bouge dans tous les sens, genre manège de la foire du Trône qui s’arrête
jamais. Même Ronan qui a une longue expérience de la mer n’est pas vraiment dans son assiette. Ce doit être une sorte de rite de purification ai-je pensé, un bizutage de la mer qui semble me dire
: « Ho poulette, tu crois pas que tu vas m’apprivoiser comme ça, si facilement! Vide tes tripes,
purifie tout ton être et ensuite je daignerais peut-être t’accueillir… » Quelle cruauté ! Quatre jours et quatre nuits de rite, c’est long! Quatre jours et quatre nuits de nausées, d’abattement total, de
perte d’appétit où le moindre geste est un effort ultime, surhumain…Impossible évidemment de me déplacer dans ou sur le bateau. Alors repos, position allongée qui reste la moins insupportable,
et toujours une main accrochée quelque part pour ne pas tomber.
Heureusement le capitaine gère la navigation et veille. Seulement
il faut bien le relayer de temps en temps et veiller à mon tour ; effort surhumain pour rester assise dans le cockpit dans la nuit noire, les yeux fixés sur l’horizon -horizon qui bien entendu n’est pas plat comme il s’entend habituellement dans la vie normale mais qui monte et qui
descend, forme des montagnes…ambiance foire du Trône dans le noir avec une bande sonore complètement hallucinante…Il faut rester éveillée sans pouvoir lire ni avoir aucune autre activité. Alors dans ces cas là, on pense…on pense…on pense…des heures durant. On tente de s’occuper l’esprit avec toutes les réserves qu’on a dedans…souvenirs, interrogations métaphysiques, détails complètement
insignifiants…Et ça bouge. Ca n’arrête pas de bouger. Et blam une vague vient me recouvrir de sel ! Là je
me dis : «On a estimé la nav' à 15 jours à peu près. Putain, ça fait trois jours. Encore 12. Qu’est-ce qui
m’a pris de me foutre dans ce merdier??? »
Et puis progressivement, sans qu’on s’en rende vraiment compte, ça
va mieux, l’envie de faire des choses revient, cuisiner, ranger, se laver, lire etc…Une véritable résurrection! Le rite d’initiation semble être terminé. La mer se calme, le bateau surfe sur les vagues, comme sur une sorte de tapis roulant magique. On apprend à faire les choses avec des mouvements lents, à
patienter entre deux gestes s’il le faut, au rythme dicté par l’océan. Grosse toilette à l’avant du bateau
à l’ombre du génois à coups de seaux d’eau, ouverture d’un livre (!). Les dauphins viennent nous saluer, les poissons volants atterrissent sur le pont, les daurades coryphènes
organisent des grandes chasses, la lune dévoile son premier croissant, tous les éléments deviennent bienveillants. Et tout autour de nous, du bleu, du bleu, du bleu, un bleu profond. Tout autour
de notre coquille de noix une immensité vivante,un mouvement perpétuel.
Chaque jour un lever de soleil différent, une mer toujours changeante en forme
et en couleur, tantôt blanchie par l’écume, rosie par un coucher de soleil, noircie par la nuit, lac
d’opale quand le ciel est gris, fluorescente quand la lune se couche et que le plancton l’illumine,
scintillante quand le soleil la frappe, brune à hauteur du fleuve amazone (très étonnant
car nous naviguons à quelques 200 miles des côtes, 380 km à peu près).
Quel incroyable sentiment de liberté totale!!! Vivre toujours nus sous
l’œil amusé des dauphins, dormir bercés par le roulis comme dans le ventre de sa mère, contempler les
constellations, méditer en se sentant vraiment vraiment tout tout petit (il y a l’immensité autour, il y a l’immensité au-dessus et il y a en-dessous quelques 3000
mètres de fond…)
Dès lors, on a complètement oublié l’enfer du début, du temps de l’amarinage. Je deviens une équipière de choc doublée d’un fin cordon bleu. Un soir, nous franchissons la ligne de l'équateur
à la fin de mon premier quart à minuit et demi, le GPS indique 00°00'000''.Il fait
très chaud. La nuit, nous dormons par quart de 3 heures. Les jours passent, le vent est régulier, nous sommes portant…
Les deux derniers jours, nous sommes dans la pétole de ce fameux
pot-au-noir, zone intertropicale de convergence où la patience est de mise et les grains à surveiller…Puis, à l’approche des côtes, on ne sait plus très bien si on a vraiment
envie d’arriver…Au fait, quel jour sommes-nous? Enfin, l’idée de pouvoir enfin déguster un bon claquos sur du bon pain en sirotant un petit rouge bien de chez nous console assez vite…
Premières impressions de la Guyane : l'arrivée est magnifique : nous passons entre quelques ilets
sauvages en forme de mamelons et intégralement recouverts de jungle, les mouettes voltigent et des papillons géants viennent visiter Coriana. Arrivés à terre, nous allons à Cayenne en stop faire quelques courses (du camembert!!!). Ca nous fait tout bizarre de
parler français, de rentrer dans un magasin et de dire « bonjour » , « bonsoir ». La Guyane est un département français de la taille du Portugal où vivent 190 000
habitants (l’équivalent de la population brestoise!!!) Près de la moitié vivent à Cayenne, la capitale. Et pourtant la ville est
paisible et conserve une nonchalance et une douceur de vivre surprenante. Pas de
buildings, seulement des petits immeubles de deux ou trois étages aux tons pastels et aux toits rigolos. Nous avons l’étrange impression que les gens parlent bas dans les rues et les cafés mais c’est en réalité notre oreille habituée au volume brésilien qui a perdu toute notion…Quel calme! Et les voitures s’arrêtent quand on veut traverser! Il n’y a pas de musique à fond partout! Ici vivent des
guyanais de différentes ethnies, des « métros », des Hmongs (laotiens réfugiés politiques en France et envoyés en Guyane par le gouvernement) des brésiliens et des chinois (où n’y a
t-il pas de chinois???) Il y a trois villes en Guyane et 90 % du territoire est couvert par la forêt dense amazonienne - les guyanais parlent de « la campagne ». La nature est incroyablement luxuriante même aux
abords de la ville. On a bien hâte d’aller faire un tour à « la campagne »!!!! Le seul petit hic est que nous arrivons pile poil au début de la saison des pluies………à suivre…
La video et:
Les fameux croissants aux saucisses d'Aurélie!